[ISLANDE] L’île de Vigur, l’incarnation d’une Islande isolée et majestueuse

Un îlot verdoyant dans les fjords reclus de l’ouest de l’Islande, où les macareux et les sternes tournoient dans un paysage sauvage… C’est le décor dans lequel vit la famille de Siri, jeune Islandaise née sur l’île de Vigur. Un endroit secret découvert le siècle dernier par son arrière grand-père, et qu’elle fait découvrir à présent aux curieux visiteurs qui ont la chance d’explorer cette oasis inspirante.

Siri nous attend sur le ponton, prête à nous raconter l’histoire particulière de Vigur, transmise de générations en générations. Son arrière grand-père y est arrivé en 1886, et pour lui, ce fut tout de suite le coup de foudre. Est-ce pour la splendeur des falaises, la richesse de la faune, la majestuosité des fjords ? Sûrement un peu de tout cela à la fois. Il achète les parcelles de l’île et s’y installe. Il y vit alors comme fermier : il élève des moutons, des vaches, et s’occupe aussi de chevaux.

Les vestiges des anciennes méthodes de travail sont encore visibles aujourd’hui. Le moulin qui surplombe l’entrée de l’île, utilisé jusqu’en 1917, servait à moudre le blé qui était alors importé du Danemark. Il est aujourd’hui le seul moulin encore debout dans toute l’Islande.

Autre relique de cette époque, “Vigur Breidur”, le bateau à rames vieux de 200 ans, qui semble prendre son repos sur la petite crique. Des photos en noir et blanc sur le mur de la maison du XIXème siècle révèlent sa longue carrière. Il fut utilisé en tant que bateau de pêche, mais surtout pour assurer les trajets jusqu’au continent, emportant avec lui, les habitants, les marchandises, et même les moutons.

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Siri nous raconte son enfance et sa scolarité, en internat forcément. Dans la petite école de vingt-six élèves de Sudavik, elle était la seule fille d’une classe de sept. Son histoire reflète l’isolement que peuvent vivre les habitants des fjords de l’ouest, avec une densité très faible et un accès difficile, notamment pendant l’hiver.

Si les humains sont peu nombreux, la présence des animaux compense. Sur cette petite île de 2 kilomètres de long sur 400m de large (sa forme de flèche, “vigr” en islandais, lui a donné son nom), on trouve en abondance : des macareux moines, des eiders à duvet, des sternes arctiques et des guillemots à miroir. On peut également apercevoir des phoques se prélassant dans la baie.

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Depuis l’époque de son arrière grand-père, l’île a évolué. Siri nous apprend qu’en 2000, ils ont arrêté d’élever des vaches, ils n’ont gardé que 20 moutons. A la place, ils ont décidé d’accueillir des touristes ! Il y a eu aussi des avancées techniques, comme l’arrivée de l’électricité ou le remplacement du bateau à rames par le Zodiac, pour les allers-retours sur le continent. Ils ont même ouvert une poste, principalement utilisée par les visiteurs. C’est la plus petite d’Europe !

Cependant, ils exercent toujours l’autre activité artisanale et ancestrale de l’île : la fabrication de duvet d’eider, le plus chaud du monde paraît-il. Les parents de Siri le recueillent de mai à juin, quand les eiders nichent sur l’île. Le duvet est produit par les femelles, pour recouvrir et garder les oeufs au chaud. Son père, que les eiders connaissent bien maintenant, récupère le duvet petit à petit, puis quand les poussins vont à la mer, il peut ramasser tout le reste. Il collecte entre 50 et 60 kilos de duvet, que son oncle et sa tante vont ensuite nettoyer de septembre à janvier. On comprend mieux comment ils occupent leurs soirées d’hiver, et surtout pourquoi c’est si cher : 2500 euros le kilo !

La famille a une dernière source de revenu : le macareux. Cet oiseau marin est si pataud pour voler qu’il est très facile à capturer. Apprécié pour sa chair tendre, il est ensuite vendu 450 couronnes (moins de 4 euros), aux restaurants du coin.

Mon affection pour ces oiseaux est telle que je vous conseillerai plutôt de les dévorer des yeux ! Surtout que l’île nous donne l’occasion unique de les approcher de très près… La colonie compte plus de 80 000 individus ! Les couples de macareux sont ensemble pour la vie et nichent toujours au même endroit. Ils se sont installés sur l’île de Vigur pour prospérer, et y reviennent donc tous les ans. En visitant l’île, vous comprendrez pourquoi…

Solène Desbois

 

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